Témoignage : Une maladie qui est devenue mon alliée

Pour moi, l’anxiété, ça remonte à trop loin. Lorsque j’étais enfant, disons de 9 à 12 ans, cette bibitte s’est mise a agir violemment, sans que je sache qui elle était. Cette anxiété faisait en sorte que je ne voulais pas décevoir, mais qu’au final, je décevais. Par exemple, lors de ma première saison de hockey au niveau pee-wee, j’étais complètement sorti de mes rails. Les entraîneurs avaient perçu un talent en moi, mais ce talent s’est fait étouffer. Complètement.

L’année suivante, lors de ma deuxième campagne pee-wee, j’ai demandé à ma mère de tenir mon papa loin des arénas pour un petit moment afin de voir où se situait le niveau de mes performances sans lui. BINGO. LA saison de ma vie. Une saison digne d’un MVP. J’ai réussi à ranger cette anxiété (que je ne connaissais pas à ce moment) dans un petit coin de mon encéphale et je me sentais assez fort pour que papa revienne. Il était dur sur moi le paternel, mais pas autant que je pouvais l’être envers moi-même.

Il m’est difficile pour moi de mettre en ordre toutes les situations où j’ai fait face à ce poison…

Photo : nikko macaspac

Un poison

Continuons au niveau du hockey. Ma première année bantam, à la suite de ma GROSSE année pee-wee, était la bienvenue. Ouin. Trop confiant, j’imagine. Un problème de comportement, d’indiscipline sur la glace et d’une mésentente avec mon coach, mes parents ont décidé de me retirer de l’équipe. Avec raison. Le stress s’est dissipé avec le temps.

Pendant les saisons estivales, je n’avais pas de crise de panique puisque je jouais au baseball et au basket dans la rue avec des amis et non dans un système organisé. Étant aussi fervent de basketball, je me suis donc dit que cette discipline pourrait devenir mon sport d’hiver. Un été d’entraînement intense, avec des petits tournois de rue deux contre deux. Un talent inné pour ce sport. Je jouais depuis toujours, mais juste pour le fun. Par contre, là, ça devenait sérieux. Un achat de paires de souliers Nike Air Jordan, un poster de Shawn Kemp et un autre de Shaq remplissaient une partie de mes murs dans ma chambre.

Photo : MontyLov

Le temps venu, après avoir sué tout l’été, je me suis étouffé… dans le sens choké. Pourquoi ? Sûrement l’anxiété qui faisait son œuvre, surtout que le nouveau copain de mon ex-copine jouait lui aussi au basket à l’école secondaire de mon patelin. Je n’y ai donc pas joué cet hiver-là… Mon chum Doyon jouait, ma sœur jouait, donc je me promenais en Abitibi pour suivre l’évolution de ma petite sœur et l’aider à peaufiner son jeu. Rien de plus. Rien de moins. À ce moment, j’étais en secondaire 4 et je commençais à reprendre sur moi. Plus de comportement « délinquant », même si ce n’était pas de la grosse délinquance. L’été arrivé, une autre blonde, du basket de rue et du baseball au parc de la St-André, ce fut ça. Avec en plus, du temps dans le garage familial à laver le camion de mon père.

La majorité

Avançons à mes 18 ans.

Là, le rêve de prendre la relève de mon père est à son sommet. Mon métier, malgré tout l’amour pour le baseball, le hockey, le basket et même la F1, allait devenir celui de camionneur. Ben oui ! La compagnie se nommait d’ailleurs J.F.A Drouin enr. (Jean-François et Alain). Du temps dans le garage, j’en ai passé et l’heure est arrivée : suivre un cours de conduite à Drummondville dans le but d’avoir mes permis de classe 1 un an en avance. L’un de mes amis l’a fait avant moi et il conduit toujours un véhicule lourd aujourd’hui. Pour ma part, j’ai décroché les meilleures notes de cette formation.

Après les deux mois là-bas, il était le temps de revenir en Abitibi afin d’effectuer un stage de trois mois avec l’pére. Le stage va bien, j’arrive au bout… On a même regardé pour me commander un camion à mon goût dans le but de faire du bitrain aux États-Unis. Choker, vous dites…

Sans avertir, j’ai tout lâché. Je ne l’ai jamais dit, mais j’avais tellement la chienne de conduire un bitrain et de devoir parler anglais, que je me suis pousser. Le métier de camionneur, ce n’était pas pour moi… Après quelque temps de réflexion et un passage dans un Provigo à paqueter des commandes (c’était payant à l’époque), je me suis dirigé dans le monde de l’automobile.

Photo : Alexander Lam

La chienne…

Trois ans aux pièces chez Canadian Tire. Je me sentais plus moi. J’étais chez moi pour faire mon sport et écrire. Parce que, à 20 ans, je commençais mon métier d’aujourd’hui sans le savoir. Je discutais sur des forums de baseball, hockey, basket et de musique. J’aimais le mélange des deux, soit le métier que j’exerçais et mon début comme blogueur. Après une séparation, la fille que j’ai rencontrée en secondaire 4, j’ai quitté une fois de plus mon Abitibi natale pour Drummondville, cette fois-ci, pour participer à une formation de vente automobile. Un an à Drummondville, un passage chez Parent Suzuki et me voici de retour à Rouyn-Noranda. Cette fois-ci, dans une quincaillerie… parce que je n’étais pas game de retourner vendre des voitures.

La chienne m’a repris. Encore là, je ne redoutais pas cette anxiété. Je suis rendu à 23 ans, on est en 2004. Trois ans dans cette entreprise où j’ai rencontré des gens d’exception, où j’ai pu continuer à progresser au niveau de l’écriture. Octobre 2007, je quitte la quincaillerie pour amorcer un long séjour chez l’Ami Honda.

Les hauts et les bas se sont enchaînés… Là-bas, j’ai une fois de plus développé de grandes amitiés. Ma copine, rencontrée au préalable à la quincaillerie, me supportait. Le propriétaire du garage Honda est devenu mon mentor. En plus de ça, il était un homme de hockey. Il était l’un des actionnaires des Huskies de Rouyn-Noranda. Il m’a fait rencontrer une tonne de gens de hockey, qui sont aujourd’hui des contacts réguliers.

Photo : Eduard Militaru

La pause

En 2009, le médecin m’a ordonné de prendre une pause. J’avais des plaques rouges sur les bras causés par le stress/anxiété. Qui est apparu chez moi pour venir me chercher et m’amener à l’hôpital ? Mon patron. Le propriétaire de l’Ami Honda. Il a attendu avec moi là-bas… et c’est là que pour la première fois, à 28 ans, on m’apprenait que j’étais atteint de l’anxiété généralisée et de performance. Ouch. Un coup de massue au visage. On m’a prescrit de petites pilules, mais j’ai décliné puisque mon patron m’offrait, gratuitement, un coach de vie. Lui, il m’a aidé. Un passionné de sport également.

Je vous rappelle que pendant ce temps-là, j’écris sur le sport, je participe à des pools et j’ai une ligue de hockey simulé, tout en jouant au hockey et au softball.

L’effet coach : oui, mais…

Bon. L’effet du coach a fonctionné un bon bout. Toujours en 2009, DansLesCoulisses.com voyait le jour… et je me souviendrai toujours qu’à cette époque, j’ai mentionné à mes chums ceci : un jour, je vais écrire sur ce blogue. C’est arrivé en 2010, je combinais l’Ami Honda et DLC. Après quelques années en montagnes russes, où je suis parti pendant près de deux ans à Montréal pour seulement écrire sur DLC et faire de la radio, je suis revenu (encore) à Rouyn… chez l’Ami Honda. Je devais faire mon deuil afin de mieux repartir.

Photo : Matt Duncan

Retomber pour mieux me relever

En septembre 2015, mon histoire était terminée avec l’Ami Honda et je vivais officiellement de ma plume pour DansLesCoulisses.com. Mais… l’anxiété est revenue me frapper en 2016. Après une séparation (j’ai la garde partagée de mes deux princesses et la relation avec la maman est très saine), le niveau a atteint un sommet impensable. Ma nouvelle copine à cette époque, oui, La Rouquine, a été un support de haut calibre, mais ce ne fut pas suffisant.

J’ai dû retourner à l’hôpital, en 2016, pour qu’on me rappelle que je faisais de l’anxiété généralisée et que les petites pilules devaient devenir mon amie pour le restant de mes jours. Cette fois-ci, j’ai dit, du tac au tac : OUI, je le veux. Cette année-là, en 2016, une amitié avec un certain Manu s’est soudée pour de bon puisqu’il est devenu monoparental au même moment que moi. Sans lui, la vie aurait était fort différente.

Un miracle. Cette «drogue» a complètement changé ma vie. Je suis devenu plus stable et j’agis moins de façon « montagnes russes ». La Rouquine a aménagé chez moi, les filles sont ici 7 jours sur 14. WOW .

Photo : Ian Schneider

Ah oui, ça fait 7 ans que j’œuvre pour DLC (temps plein et temps partiel inclus) et j’en suis extrêmement fier. Je n’ai plus la chienne. Je vis avec le sourire et chaque jour, je suis heureux. J’ai toujours eu du caractère et une étoffe de guerrier, mais souvent, je reculais. En juillet 2016, je n’ai pas reculé et j’ai fondé PassionMLB.com afin de combler ma passion pour le baseball.

Aujourd’hui, le site est reconnu au Québec et j’ai l’honneur de faire de la radio aux quatre coins de la province. Oui. Il y aura autre site avec le mot Passion, PassionNBA. Mais après celui-ci, je m’arrêterai là puisque les autres sports ne m’interpellent pas… ou plus.

Au final, tout ce brouhaha afin de livrer un message clair : l’anxiété ne me quittera JAMAIS, mais aujourd’hui, elle n’est plus mon ennemie.


Ce texte n’a pas été rédigé par La Rouquine, il s’agit d’une collaboration de Jeff Drouin, son conjoint.

9 réflexions sur “Témoignage : Une maladie qui est devenue mon alliée”

  1. wow Jeff, toute une belle histoire et un gros merci pour ton partage!!! Pas toujours évident de parler de sa vie haut et fort mais tu as toute mon admiration!!

    1. Ne lâche surtout. C’est un combat de tous les jours. Y en a des bons et des moins bons. N’hésite pas à prendre les outils et l’aide qui te sont donnés. Ça n’a pas de prix.

  2. Bravo,lache pas tu va ten sortir.moi aussi Jai un probleme de sante mentale,la depression,et Les pilules aident a me stabiliser et a continuer a vivre.

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