Témoignage : Me faire avorter? Jamais de la vie! Sauf peut-être si…

Deux minuscules et minces lignes roses… toutes simples. Dans certains contextes, ça ne veut pas dire grand-chose. Dans celui-ci, ça veut tout dire.

En les voyants apparaître, tu t’es d’abord dit que ça ne se pouvait tout simplement pas. Ensuite, les battements de ton cœur se sont accélérés. Puis, une panoplie d’images se sont mises à te fucker le cerveau. T’avais souvent pensé à ce moment-là. Celui qui serait si magique que ton Univers allait subitement changer de couleur. C’était censé te donner des ailes, te faire voir la vie différemment.

Photo : Freestock

Évidemment que ce serait dorénavant différent. Mais pour les ailes, t’avais jamais songé qu’elles se briseraient aussi facilement. Parce que même s’il n’y a jamais de bons moments, toi, tu croyais que le tien serait parfait. Que l’arrivée d’un ou d’une mini(e) toi combinée aux yeux de ton amoureux, ce serait juste merveilleux.

Mais en réalité, quand tu as compris qu’une âme poussait au creux de ton ventre, c’était tout sauf la bonne saison. Ton couple était sur le point de sombrer, ta santé mentale de se faire la malle. Et les jours ont passé… Et plus tu réfléchissais, moins tu voulais voir la réalité dans le blanc des yeux. Le futur papa a tout fait pour que ce soit possible. Il a pardonné, oublié, et immensément aimé. De ton côté, en te croisant les doigts tu l’as imité. C’est quand le médecin vous a annoncé qu’il n’était pas prêt de vous rencontrer… que tout s’est écroulé. Déjà que les fondations étaient précaires, les mots prononcés ont provoqué l’effondrement de votre euphorie.

Photo : Milada Vigerova

Puis, tu t’es questionnée. Surtout, tu t‘es blâmée. Inévitablement, le temps où un choix devenait obligé s’est présenté. Faire durer plus longtemps ce bonheur empoisonné aurait juste précipité ta descente aux enfers.

Déraciner

Oui, se faire déraciner une vie de l’abdomen, ça relève de l’agonie. Ça a beau être parfois silencieux, ça ne fait pas moins mal pour autant. Tu as même désespérément tenté d’engourdir ton chagrin dans l’ivresse. Tu as donc encaissé matins lancinants par-dessus réveils déchirants. Et toute ta vie, tu te souviendras de cette journée-là. Des nuages et de la pluie qui t’appuyait. Du froid… qui te comprenait. De l’absence du soleil… qui te respectait. Des mains du père impuissant, enveloppant amoureusement les tiennes. Du flegme de la minuscule salle d’attente vous dissociant de cette future réalité.

Quand ton nom a été prononcé, tu as fait comme si tu n’avais rien entendu. Tu as feins l’ignorance, tentée de repousser le plus cruel des moments. Celui qui dure beaucoup moins longtemps que la blessure laissée sur ton âme. Au bout d’un certain temps, tu as même pensé partir en courant. Mais l’infirmière a continué de te dévisager… d’autres étaient impatients de passer après toi. Ceux-là mêmes qui discutaient entre eux comme si de rien n’était. Pour cette fille trop jeune qui rêvait de sa prochaine bière, c’était juste une procédure. Pour toi, le verbe «subir» devenait le seul qui convenait. Mais pourquoi fallait-il que ça te rentre dedans à ce point-là? Tu le savais, que c’était impossible qu’il pousse en santé. N’empêche que tu aurais donné ta vie pour qu’il puisse exister. Du moins, pour plus longtemps que quelques semaines à apprivoiser tes nouveaux sentiments.

Puis, tu t’es levée. D’un pas lourd, tu as suivi ta raison. Le moniteur n’annonçait rien de beau. Ta seule chance de lui voir le reflet résidait en un seul coup d’œil rapide à l’écran. Ils t’ont demandé de «confortablement» t’installer. Un pieu dans le cœur, tu t’es exécuté. Comme si ça allait de soi, comme si tu l’avais fait 1000 fois. Mais t’avais aucune idée de l’émotion à adopter. Ça fait que tu as laissé les spécialistes te guider. Sauf qu’eux non plus ne savaient pas comment t’expliquer de ne pas pleurer. En silence, tu as donc prié l’océan des bébés abandonnés. Un peu embrouillée, tu as senti chaque secousse déraciner de toi l’amour de ta vie.

Photo : GBarkz

Écorchée

Sans trop réaliser ce qui venait de se passer, un peu mêlée, tu t’es retrouvée au beau milieu d’une chambre glacée, remplie de femmes écorchées. Pas toutes au même degré, mais inévitablement ébranlées. Et t’es retourné dans ton lit, plus vide que jamais. Transformée, anéantie. Une absence impossible à combler allait désormais toujours t’habiter.

Puis… les jours, les semaines, et même les mois ont passé… Et les gens te disent que ça fait partie de ton histoire, qu’il faut tourner la page, essayer d’oublier. Ouais! Eh bien, eux… ils ne savent pas ce que ça fait par en dedans. Ils n’ont aucune idée du vide qui s’intensifie, de chacune des pensées dirigées vers celui ou celle qui aurait sublimés ta vie. Ça fait que tu continues de sourire, sachant trop bien qu’à jamais, tu auras des pleurs qui n’ont jamais existé, en fond sonore pour t’endormir. Des « si» et des «peut-être» pour hanter chacune de tes prochaines nuits. Des réveils douloureux parce qu’il te manque une présence, des silences affligeants parce que tu n’as jamais pu entendre un seul soupir.

Tu sais, ma chérie… y a jamais de bonnes ou mauvaises raisons pour faire ce choix-là. Faut juste que tu sois prête à vivre avec son absence, à accepter que tu ne connaisses jamais son odeur, ses yeux, ni aucun de ses sourires. Que tu vas penser à ton premier bout d’humain, et ce jusqu’à ce que la mort vous sépare. Et même encore…


Ce texte n’a pas été rédigé par La Rouquine, il s’agit d’une collaboration de Marie-Krystel Gendron, qui désirait partager son histoire.

Vous êtes intéressé à faire de même (anonymement ou non) ? Écrivez à La Rouquine au [email protected]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.